Histoires de maman

J’accompagne les femmes qui ont traversé un accouchement difficile.

Sur ce chemin ensemble, elles écrivent et moi aussi !

Je leur écris notamment un récit de naissance ; la naissance de leur enfant mais aussi la leur en tant que mère.

Toutes ces histoires sont curieusement singulières et universelles à la fois.

Je ne m’en lasse pas, c’est une nouvelle aventure à chaque fois.

A côté des Ecouteuses, j’aime écrire d’autres histoires, souvent en lien avec la maternité. Je puise dans les tracas du quotidien ou dans les vertiges de l’existence.

Voici quelques unes de ces histoires, que j’ai vécues en tant que maman.

Les Fabuleuses au Foyer les ont aimées. J’espère qu’elles vous inspireront, vous aussi.

Trisomie : La 273e maman

Le vent chahute un peu la voiture, garée le long de la tente.

Je suis assise à la place du mort, sur un siège humide, car nous avons par mégarde laissé la fenêtre entrouverte, toute la nuit, sous des trombes d’eau. Juste devant, les enfants jouent aux funambules sur une sangle tendue entre deux arbres par leur père, qui les encourage.

Je les trouve beaux, ces deux enfants, ce papa aimant.

Parfaits.

Le ciel est baigné par un de ces clairs-obscurs de fin d’après-midi d’automne comme je les aime. Il ne fait pas très chaud et le vent souffle fort, mais ma famille semble heureuse et passe un bon moment. Le camping est désert et laisse pour nous tout seuls sa grande esplanade herbeuse plantée de chênes lièges et d’oliviers.

C’est la Toussaint. Nous revenons d’une jolie promenade dans les montagnes corses et avons encore quelques jours devant nous. 

Je regarde la scène un peu détachée et en même temps très consciente de la pureté fragile de cet instant.

Les nausées m’écrasent depuis trois mois, la fatigue me fait mordre la poussière. Mais ce n’est plus le problème. Ce n’est plus cela qui m’accable.

Le problème, désormais, c’est mon bébé.

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Elégance, sororité et rock’n roll : « Ils ne veulent pas voir ce qui les dérange »

La Fnac est surchauffée. J’ai depuis longtemps enlevé ma parka, entortillée avec écharpe et bonnet, que je porte sous le bras comme un paquetage de soldat. 

Je me sens lourde, déjà, et la file d’attente est longue. Nous avançons par petits à-coups, dans cette proximité imposée par les colimaçons de barrières en sangle rétractable. 

Je passe le temps en tripotant les porte-clés Pokémon qui jalonnent le parcours lorsque le type qui attend juste devant moi m’interpelle, un peu timide :

« Heu, vous êtes, heu… ? » De ses mains baguées de têtes de mort, il englobe un ventre rond imaginaire. « Vous êtes, heu… ?

Enceinte ? je réponds pour l’encourager avec un sourire en hochant la tête.

Oui ? Passez devant ! » 

C’est un quadra, cheveux bruns en bataille et pas très nets. Deux ou trois piercings décorent son visage. Un t-shirt, qui devait être noir autrefois, dépasse de sa veste élimée en cuir clouté. Un rockeur. Il achète des bouquins. Malgré mes efforts discrets, je n’arrive pas à voir lesquels.

Je n’arrive pas, non plus, à passer devant lui.

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Un jour, ce sera moi la belle-mère

Nous sommes en famille, smala bruyante et échevelée au complet, en train de visiter une grotte souterraine.

À l’aide d’une lampe laser, le guide pointe les stalactites une par une en nous décrivant ce que l’on peut y voir avec un peu d’imagination : une oreille d’éléphant, le père Noël avec sa hotte et Gollum, le petit hobbit édenté, imberbe et famélique qui cherche l’anneau dans Tolkien.

Je m’émerveille intérieurement : c’est vrai, on dirait vraiment Gollum, c’est saisissant !

Le guide ajoute :

« De nombreux visiteurs me disent aussi reconnaître leur belle-mère ! ».

Un rire gras collectif résonne dans la caverne.

Je lève les yeux au ciel d’exaspération, un peu rabat-joie.

  • Premièrement, j’ai horreur que l’on se moque du physique. C’est un basique !
  • Deuxièmement, je m’agace de constater, encore une fois, que ce sont toujours les mêmes qui prennent.

En l’occurrence : les femmes.

  • Elles prennent quand elles sont jeunes, elles prennent quand elles ont vieilli.
  • Elles prennent quand elles font des enfants, elles prennent quand elles n’en font pas.
  • Elles prennent quand elles sont belles, elles prennent si elles ne soignent pas leur apparence.
  • Elles prennent quand elles parlent trop mais elles prennent aussi quand elles n’ont pas dit un mot et qu’elles ne sont même pas là, juste à cause d’un amas de calcaire millénaire en forme de monstre.

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